|
Résumé :
|
De nombreuses religions propres à l'Afrique noire sont des systèmes animistes ou naturistes cherchant à expliquer. d'une certaine manière les phénomènes naturels qui permettent la survie de la société, et à se les concilier. Un des cultes que l'on retrouve dans tous ces systèmes concerne la terre nourricière, la Terre-Mère. Certes les religions africaines ne se limitent pas à ce culte du terroir, certaines d'entre elles ayant conceptualisé des mythes essentiels, en particulier celui de la création du monde. D'autres ont élaboré des systèmes cosmogoniques complets, mais il est rare qu'on n'y retrouve pas un ensemble de croyances à des puissances bénéfiques ou maléfiques qui peuplent le terroir sur lequel le groupe s'est établi. Quoique étant limitées à des groupes sociaux vivant en économie fermée, ces religions ont de nombreux points communs avec celles des sociétés qui même en dehors de l'Afrique en sont à un stade de développement culturel comparable. L'impact d'une des grandes religions monothéistes qui se partagent le monde peut changer la face des choses. En ce qui concerne le Niger, ses populations, animistes à l'origine, ont plus ou moins subi depuis une dizaine de siècles le contact du monde musulman. Or l'Islam n'est pas seulement une religion, mais une éthique sociale qui correspond à un stade ultérieur du développement intellectuel et économique de la société : au début ce sont surtout des commerçants qui en sont les propagateurs efficaces. Ces règles de vie sociale constituent le droit musulman qui régit tous les adeptes de la religion islamique. Toutes les prescriptions religieuses et sociales, la réglementation civile et le droit pénal sont inclus dans le Coran. Un tel monument, lorsqu'il quitte le domaine qui lui est propre, c'est-à-dire les pays arabes, pour s'appliquer à des populations de l'Afrique noire, ne peut conserver tout son aspect initial bien qu'aucune des obligations de la religion nouvelle ne soit incompatible au premier abord avec les valeurs traditionnelles de la plupart des sociétés noires ; pas même avec les croyances antérieures. Les religions du terroir ont en fait conservé une grande partie de leur vigueur, même si leurs adeptes ont adopté ouvertement l'Islam comme religion officielle. L'islamisation des Nigériens, si l'on s'en rapporte aux signes extérieurs et aux opinions généralement admises serait à peu près totale 1. La réalité est beaucoup plus complexe et ce ne sont pas les déclarations des intéressés lors des recensements qui peuvent nous éclairer, encore que l'on doive en tenir compte, même si elles ne correspondent pas à une objectivité rigoureuse. Le nombre de ceux qui se déclarent animistes, malgré la pression sociale qui s'exerce dans le sens de l'islamisation, par suite du prestige que celle- ci confère, est un indice très net de la résistance des religions du terroir à la pénétration de l'Islam. En ce qui concerne les régions sur lesquelles porte cette étude, on peut remarquer qu'un quart environ de la population des cercles de Dogondoutchi, Birni N'Konni et Maradi tient à marquer son attachement aux croyances traditionnelles. Cette proportion serait beaucoup plus élevée si on se limitait aux indications données par les recensements des populations Maouri de Dogondoutchi, des Aderawa de Tahoua, des Konnawa de Birni N'Konni et des Goberawa de Maradi ou de Tibiri. Si les grandes lignes historiques de l'islamisation de la zone des savanes, liées à l'extension ou au déclin des grands empires sont bien connues, certains aspects de la dernière vague propagatrice de l'Islam le sont moins. Bien que l'élément actif initial soit le même, on peut, en ce qui concerne le Niger actuel, distinguer deux mouvements très différents quant à leur origine
|