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Résumé :
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Les sociétés touarègues zarma-sonay sont deux sociétés nigériennes au sein desquelles l'esclavage ou se corollaires existent sous divers formes, et cela est régulièrement justifié par l'usage de préceptes islamiques. Il est , en effet, établi que la diffusion de l'islam a connu un progrès au cours des XIXe et XIXe siècles dans ces sociétés. Durant le premier siècle, la pratique de l'esclavage s’était aussi intensifié avant d'annoncer son déclin pendant le siècle suivant sous l'effet de l'abolition coloniale. Dans le processus d'intensification et de déclin du phénomène d'esclavage, l'islam qui, du point de vue doctrinal, a introduit des réformes dans l'institution, devait en principe influencer les pratiques des sociétés. Dans le contexte du XIXe des sociétés que nous étudions, les marques de ces réformes ne fraisaient pas le poids face à la coutume qui prédominait sur les différents aspects de la pratique de l'esclavage, et qui répondait mieux à leurs intérêts sociaux, politiques et économiques. Pendant la colonisation, l'ancrage de l'islam au sein des société a été perçu comme une donnée à prendre en compte en matière de politique intérieur, surtout que certaines idées reçues font un lien entre cette religion et la pratique de l'esclavage. Il existe évidement des groupes qui justifient leur pratique d'esclavage et s'opposaient à toute idée d'abolition en se fondant sur des préceptes islamiques. C'est pourquoi, la présence de l'islam allait servir d'alibi au colonisateur pour tolérer la pratique de l'esclavage car, selon lui, son interdiction brusque serait un facteur de troubles. Pourtant, on assiste à une application ciblée des mesure d'abolition qui dépend de l'humeur du colonisateur, c'est à dire de l'idée qu'il s'est faite de l'attitude d'insoumission ou de collaboration du milieu social. De ce fait l'idéal voulu avec l'adoption des textes d'abolition de 1848 et 1905, et de part l'union française de 1946, est restée aux stade du théorie. L'esclavage a persisté dans les sociétés touarègues et zarma-sonay et les hiérarchies sociales, établies depuis la nuit des temps en vertu de sa pratique, avaient continué de régir les relations entre les individus. De même, pendant la période postcoloniale, c'est d'abord un silence qui est entretenue autour du phénomène d'esclavage. A part quelques actions isolées de la part d'autorités administratives, la lutte contre l'esclavage n’était pas une préoccupation alors que le phénomène persistait dans plusieurs milieux. Même là où il a physiquement disparue, ses séquelles font tâche d'huile dans les relations entre certains groupes sociaux, et entre ces groupes et leur rapport à la pratique d’activités. Mais à partir des années 1990, l’avènement de la démocratie entraîne un renouveau l'islam avec des lettrés d'origines sociales différente contrairement au contexte antérieur ou dominer un islam soufi qui était l'apanage des hommes libres. Les descendants d'esclaves ont commencés a s'approprier de la chose islamique. Cette situation donne lieu au développement de deux idéologies qui s'affrontent sur la légitimité de l'esclavage. Ainsi, les défenseurs de l'esclavage estiment que sa seule mention dans le coran suffit à lui donner le caractère d'une institution insoluble jusqu'à la fin des temps car il relève du décret de Dieu. Par contre, ceux qui le combattent lient la légitimité de l'esclavage au jihad et le fait que leurs ancêtres n'étaient pas capturés lors d'un jihad, rend, selon eux, caduc le statut d'esclavage qui leur est imposée. Pour eux, il ne s'agit qu'un acte d'agression fortuite dont les auteurs seront appelés à répondre à l’au-delà. L'opposition entre ces deux idéologies est le reflet d'une divergence entre des groupes d'oulémas et leurs adeptes au sein des deux sociétés. Cela n'a pas favorisé l'éradication de l'esclavage dont le combat porté par l'Association Timidria depuis un trentaine d'année a engrangé tout de même quelques résultats. Il s'agit notamment de l'adoption de la loi n° 2003-025 du 13juin 2003, criminalisant l'esclavage, la libération de plusieurs victimes, la poursuite des auteurs d'esclavage, institutionnalisation d'une journée de mobilisation contre la traite des personnes et l'esclavage. En définitive, depuis le XIXe l'islam a connu un usage multiple dans la pratique de l’esclavage. Ainsi, les société produisent, traitent et libèrent leurs esclaves en partie au nom de l'islam. Le colonisateur se sert de l'islam comme alibi pour fermer les yeux sur les pratiques esclavagistes. Des populations s’opposent à l’abolition car pensent-elles que leur droit de posséder des esclaves et l'expression de la volonté de Dieu. Des descendants d'esclaves jugent illégitime l'esclavage subi par leurs ancêtres du fait qu'ils n'avaient pas été capturé dans le cadre d'un jihad. Donc, chaque groupe, à sa manière et selon ses intérêts et le contexte, a trouvé en islam un moyen de justifier sa cause vis à vis de la pratique de l'esclavage. De ce fait, l'usage de l'islam pour justifier la pratique de de l'esclavage participe d'une instrumentation dans l'optique de préserver des intérêts sociaux, politiques et économiques.
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